Monuments commémoratifs


Ils ont notamment été les auteurs de monuments commémoratifs de la grande guerre très audacieux sur le plan des formes, dans ce genre qui s'imposait plutôt par son académisme un peu rébarbatif. 




La guerre sera leur première séparation, mais aussi indirectement leur rapprochement avec le départ de leur double carrière de sculpteurs à la fin de celle-ci. Jan est mobilisé en 1915 et part au front alors que Joël est réformé pour coxalgie.

C’est avec la multiplication de commandes de conception de monuments aux morts que s’amorce leur collaboration. Ils en réalisent un grand nombre entre 1918 et 1925, dont le soldat de Villemeux ou la pleureuse d'Olonne sur Mer.

Dans le département d'Eure et Loir, ils feront trois monuments aux morts à Villemeux, La Loupe et Néron. En Vendée ce seront ceux des Clouzeaux, de La Roche-sur-Yon, Saint-Gilles-sur-Vie, Saint-Hilaire-le-Vouhis et Olonne-sur-Mer. Et dans l'Aisne ce sera celui du Familistère de Guise. Leur art ira même jusqu'en Alsace libérée avec un étonnant monument représentant deux alsaciennes à Pfastatt dans le Haut-Rhin.


D'autres monuments commémoratifs, qui ne sont pas des monuments aux morts, mais en relation avec la guerre verront le jour également à Guise (à la gloire de la 5ème Armée), Saint-Jean-de-Monts, Amiens et Antony (à la gloire du Général Leclerc), Soissons (monument des régions libérées), Plougasnou (à la mémoire des volontaires bretons de la France libre et combattante).


Par ailleurs des monuments commémoratifs civils seront érigés à Challans (au peintre Charles Milcendeau), à Saint-Jean-de-Monts (à la vierge à l'enfant), à Mouchamps (au commandant Guilbaud), à La Châtre dans l’Indre (au coureur automobile André Boillot), sans oublier le monument à Claude Debussy Boulevard Lannes à Paris. Les Oiseaux de Mer seront leur dernière œuvre monumentale


Le monument aux morts de Villemeux (Eure-et-Loir)



Le monument aux morts de Villemeux (ci-dessus et ci-dessous), dans le département de l’Eure et Loir, a été inauguré le 21 novembre 1920. Réalisé en calcaire, un modèle en plâtre fut présenté en novembre 1920 à Paris, au salon des Jeunes. On pense que les frères Martel ont obtenu cette commande par l’intermédiaire de leur ami musicien Georges Migot, né dans ce village.



Cette production réalisée en pierre de Lorraine revêt un caractère régionaliste. 


Le monument aux morts de la Loupe (Eure et Loir)


Ce monument, réalisé en pierre calcaire de Lorraine, porte les signatures des frères Martel. Il a été inauguré le 2 juillet 1922. Un modèle en plâtre et des dessins préliminaires ont été exposés au salon des Indépendants en 1922.



Le monument aux morts de Néron (Eure et Loir)






Le monument aux morts d'Olonne-sur-Mer (Vendée)


Dessin du monument commémoratif représentant une Olonnaise veuve de guerre ou ayant perdu un fils dans l'attitude du recueillement, en costume de deuil du pays, avec me monogramme de Joël et Jan Martel. 


Le 9 octobre 1921, le conseil municipal d'Olonne-sur-Mer accepte à l'unanimité le projet d'un monument aux morts de la guerre 1914-1918 (plan ci-dessus)  présenté par les frères Martel, qui sont d'origine vendéenne. En choisissant de représenter une Olonnaise en costume de deuil du pays plutôt qu'un poilu, Jan et Joël Martel illustrent leur goût pour le régionalisme et le style " Art Déco ". Le monument, situé sur la côte de la Violette dans le bourg, rue des Sables est signé également de Jean Burkhalter l'architecte.


Une vieille femme aux traits marqués, debout, de stature impressionnante, en coiffe et aux yeux clos, se tient saisie dans une attitude de recueillement. Sculpture en ronde-bosse, imposante ; volumes épurés. A ses pieds, deux bas-reliefs portent les effigies de poilus. L’inscription, volontairement sobre, indique un « Hommage à nos morts. 148 Olonnais sont tombés pendant la guerre ». Le monument aux morts de Saint-Gilles représente une femme, également en costume traditionnel mais jeune et agenouillée, bras pendant le long du corps ; attitude éplorée, tête inclinée tristement face à la dalle de pierre où sont gravés les noms des disparus. Une composition architecturale, car les frères Martel sont ici associés, comme à Olonne, à l’architecte Jean Burkhalter. L’œuvre est considérée comme l’une des plus réussies parmi les nombreux monuments aux morts qu’ils ont réalisés durant ces années 1920, au moins une douzaine dans toute la France. Au dos du monument, quatre visages de marins et soldats sont sculptés dans la pierre.







Photos de Benoît Boucard 18 juillet 2007

Le monument aux morts de Saint-Gilles-Croix-de-Vie (Vendée)


Le monument yonnais, issu d’une importante souscription publique et de larges subventions - Ville, Etat - est soigneusement intégré dans l’espace urbain. Ce vaste fronton en pierre de Lorraine présente une composition organisée autour d’un bas-relief en méplat : une France ailée protégeant huit soldats en mouvement. La liste des morts (561) est gravée sous le bas-relief.

Bien plus encore que la forme, c’est sur le fond, le sens, la signification pacifique qu’ils donnent à leurs monuments que les frères Martel se distinguent ; interprétation confirmée par la correspondance de Jan, mobilisé en 1915, et renforcée par les discours d’inauguration des monuments prononcés en 1922 par le Docteur Marcel Baudoin. A Olonne (discours du 23 juillet 1922), « ils se sont refusés à glorifier la guerre passée, eux, anciens poilus, par l’image de la bataille, par un soldat en armes ! Comme ils souhaitaient un monument bien personnel, et tout à fait local, c’est alors que je leur ai suggéré, pour tout ce qu’ils pourraient tenter en Vendée, l’idée d’une scène de Paix, avec l’emploi du costume actuel du pays ». Le maire de l’époque, Valère Mathé, présente ainsi le sujet : « une Olonnaise, veuve de guerre ou mère ayant perdu un fils sur les champs de bataille ; en costume de deuil du pays : coiffe ancienne, jupe et châle noirs, dans l’attitude du recueillement ».

Le monument de Saint-Gilles fait également l’objet d’un discours du Dr. Baudoin : « le geste symbolique nécessaire…[…]…qui ne glorifie pas la guerre par l’image d’un soldat en armes, la victoire par une statue de l’époque grecque ou de la Renaissance…[…]…Vu le but poursuivi, il fallait une statue dépourvue de toute prétention , qui fut l’expression réelle du sentiment que la guerre a laissé dans l’âme populaire…quelle forme pouvait mieux exprimer cette pensée que cette « Girasse » , que cette femme du peuple agenouillée ? C’est la mère, la sœur, l’épouse des combattants, poilus et marins nés sur les bords de l’Atlantique. Cette femme n’est pas quelconque- ce n’est pas une allégorie- c’est une femme réelle, une femme de chez vous, une femme qui a vécu la guerre, ici même ! ».





Photo de Guy Ruel

C'est aussi dans ce cimetière que l'on peut voir également le buste du Docteur Marcel Baudoin, sculpté par les frères Martel.




Le monument aux morts des Clouzeaux (Vendée)



Le monument aux morts de la Roche-sur-Yon (Vendée)

Le monument aux morts de La Roche-sur-Yon dont l’origine remonte à 1920, a été inauguré le 22 octobre 1922. Un vote a rejeté la proposition de l’archiprêtre de faire placer un emblème religieux sur le monument, respectant ainsi la loi de Séparation des Eglises et de l’Etat. Les Martel sont très soucieux de voir respecter la « mise en scène et en espace » du monument, la banalité voulue de l’inscription « A la mémoire de ceux qui sont tombés » et le sens profond de leur œuvre. Les soldats en mouvement ne sont pas armés de fusils mais tels des paysans, ils avancent avec des pelles et des pioches sur leurs épaules. Photos de P. Saget.






Sur les visages de pierre nulle trace de haine et de peur. Deux d'entre eux regardent les vivants, adressant comme un ultime adieu. Pas d'armes, ni de croix. Une épitaphe sobre : " A la mémoire de ceux qui sont tombés ". Tous ces éléments incitent à y voir un monument pacifiste, esquivant en tout cas toute allusion à la guerre.


Les monuments, qui sont les garants de la mémoire, ont aussi une histoire. En 1920, les deux frères Jan et Joël Martel travaillent sur plusieurs projets  : trois en Eure-et-Loir (à Villemeux-sur-Eure, Néron, La Loupe et le Familistère de Guise (Aisne). En Vendée, ils s’attèlent aux monuments d’Olonne et de Saint-Gilles.

Lors de correspondance avec la municipalité yonnaise, ils envoient calques, dessins et même des clichés. Ils inscrivent le monument dans un ensemble respectant l’harmonie des lieux. Pour eux, il s’agit de ne pas glorifier la guerre, les monuments sont un hommage aux morts, une allégorie de la paix. Sur le monument de La Roche-sur-Yon, les soldats ont un casque, mais ne sont pas armés. Les frères Martel ne transigeront pas sur le cénotaphe, en mémoire de ceux qui sont tombés.


Le monument aux morts de Saint Hilaire le Vouhis (Vendée)







Le monument aux morts de Guise (Aisne)


Dans l’Aisne, à Soissons et Guise, les frères jumeaux réalisent trois monuments alliant le bas-relief et la ronde-bosse. Ils utilisent la pierre reconstituée, la Ferrelith, inventée par Paul Ferré leur collaborateur, et abandonnent la taille directe pour un procédé de transposition par moulage.

Ce monument aux morts de Guise est situé rue André Godin. Les bas-reliefs, dont les plâtres signés sont conservés au musée Marcel Migrenne de Guise, ont été réalisés par les sculpteurs Jan et Joël Martel pour le monument aux morts de la Société du Familistère. Ils devaient à l'origine être réalisés en bronze. " La Famille " est représentée par des femmes portant ou protégeant des enfants avec le Familistère en fond. " Le Travail " est représenté par des ouvriers travaillant à la fonderie Godin.


A la fin de la Grande guerre, 158 victimes, civiles ou militaires sont à dénombrer parmi la population du Palais social et personnel de l'usine Godin. C'est pour honorer leur mémoire que la Société du Familistère a choisi d'ériger un monument. Ce dernier fut construit non loin du Familistère Cambrai, entre la rue et le canal des usines. Des piliers maçonnés reliés par une chaîne forment l'enclos du monument adossé au canal des usines. Ce sont deux statuaires réputés, Jan et Joël Martel qui ont eu le privilège d'exécuter les sculptures. A cette époque, ils recoivent de nombreuses commandes de monuments commémoratifs. Ils vont s'inspirer du programme du mausolée de Jean-Baptiste-André Godin. De part et d'autre de la statue monumentale d'un « Poilu », deux bas-reliefs en marbre blanc représentent : La famille et le travail. La famille est illustrée par un groupe de femmes et d'enfants devant la facade du Palais social et le travail par une scène de moulage dans une fonderie.




Le monument a été inauguré le 17 septembre 1922, en meme temps que la statue reconstituée du monument de Jean-Baptiste André Godin, sur la place du Familistère.





La signature gravée des frères Martel figure avec la date 1922 
Photos de Nathalie Lambert 



Inauguration du monument du Familistère de Guise, le 17 septembre 1922. Archives du musée du Familistère de Guise.


Les deux plâtres, les mouleurs et la famille, des sculptures des frères Martel sont visibles dans le pavillon du Familistère. Clichés du jeudi 9 juin 2017.



Le monument aux morts de Pfastatt (Haut-Rhin)

A Pfastatt dans le Haut-Rhin le monument aux morts montre, sur fond d’érables, deux alsaciennes, l’une triomphante et l’autre éplorée.



Le monument à la gloire de la 5e Armée à Guise (Aisne)

Ce monument est situé en haut de la ville dans la patte d'oie formée par la route de Laon (D946), la rue du Général de Gaulle (E44-D1029) et le CD 586 de Landifay à Guise. GPS : 49°53'29" N / 3°37'31" E

Ce monument est un hommage à la 5e Armée française qui s'illustra à la Bataille de Guise le 29 août 1914, comporte une sculpture en bas-relief des frères jumeaux Jan et Joël Martel. Il a été inauguré en 1929.




Ci-dessous des clichés du jeudi 9 juin 2017





Statue de la Vierge à l'Enfant à Saint-Jean-de-Monts (Vendée)

Cette statue des frères Martel a été élevée en 1951, elle est située à l'angle de l'avenue de la Mer et du boulevard De Lattre. A noter, au pied de la Vierge, la reproduction de l'église Saint Jean-Baptiste de Saint-Jean-de-Monts.






Monument au Général Leclerc à Amiens (Somme)


C’est pour honorer sa mémoire et son action à la tête de la deuxième DB, que le « Comité picard du Monument Leclerc » est créé le 23 décembre 1947. Grâce à une souscription, le monument de la place René-Goblet à Amiens est inauguré le 24 juin 1950, en présence des compagnons d’armes du général Leclerc, élevé à la dignité de maréchal de France, à titre posthume, le 23 août 1952. Une polémique s’installe entre Pierre Dufau, d’abord sollicité pour le projet et la veuve du maréchal qui refuse l’élévation d’un mausolée sur le parvis de la cathédrale où Leclerc se rendait fréquemment. Madame Leclerc ne souhaite pas un monument où son mari figure couché. Pierre Dufau se retire donc de la compétition au profit des frères Jan et Joël Martel qui signent la réalisation d’un monument en pierre de Pouillenay en Bourgogne devant se dresser place René-Goblet. Ce monument, d’une hauteur de 12 m (112 tonnes), en forme de colonne avec une croix de Lorraine (symbole de la France libre), montre le chef en action, torse en avant. Sur les flancs, des sculptures en relief, rappellent les étapes de la reconquête du territoire colonial et national par les troupes de Leclerc.



Leclerc était né en 1902 à Belloy-Saint-Léonard, près d’Amiens


La signature des frères Martel est gravée sur le monument, à proximité de la Croix de Lorraine



Monument au Général Leclerc à Antony (Hauts-de-Seine)

Antony fut la première ville de France a rendre hommage à son libérateur en donnant le nom de Division Leclerc dès avant la fin de la guerre, le 8 avril 1945, à l'une de ses rues. Érigé à l'initiative de la fédération des Œuvres d'après-guerre d'Antony et à la suite de l'approbation du conseil municipal, le monument Leclerc fit tout d'abord l'objet d'un concours d'esquisses. 



Les frères Jean et Joël Martel, sculpteurs connus pour leurs réalisations de monuments commémoratifs furent choisis. Leurs créations, influencées par le cubisme et l'essor industriel des années folles, conservent la sobriété des œuvres antiques qu'ils admiraient. Pour ce monument, ils se sont inspirés d'une photographie prise à Antony le 24 août 1944. La statue, à la fois figurative et stylisée, représente le héros en position de marche placé devant un mur écran sur lequel figure l'itinéraire du militaire, depuis 1941 jusqu'à son entrée dans Paris. Le monument a été inauguré le 15 octobre 1950.






Monument des régions libérées à Soissons (Aisne)

Le monument à l’œuvre des sociétés coopératives de reconstruction des régions libérées et à la mémoire de Guy de Lubersac, se trouve place Saint-Christophe.











Monument aux morts de l'Université de Poitiers (Vienne)

Créé en 1927, il est situé dans la salle du conseil de la faculté de droit.


Monument au peintre Milcendeau à Challans (Vendée)



Le monument de Plougasnou (Finistère)


Le monument de Plougasnou a été érigé par " Sao Breiz " à la pointe du Diben dans le Finistère. Œuvre des frères Martel et de D. Durand à la mémoire des volontaires bretons de la France libre et combattante.

Sao Breiz (« Debout Bretagne ») est une association constituée au Royaume-Uni en 1940 sous le nom de Fidel Armor, puis sous son nom définitif en 1942, et regroupant les Bretons des Forces françaises libres présents auprès du Général de Gaulle à Londres. C'est l'une des nombreuses associations fondées hors de France par des Français ou des étrangers francophiles, afin de soutenir l'action de la France libre, avec les comités de la France libre (comme France Forever aux États-Unis), l'Association Alsace et Lorraine libres ou les Protestants de la France libre. C'est la plus importante des associations régionales ou confessionnelles françaises libres.



Le projet initial des frères Martel visible sur le dessin a été simplifié en supprimant le marin et le bateau. Au sommet du mat reste la Croix de Lorraine. L'embarcation a été sculptée sur un massif à la base  qui comporte les noms des soldats.


Ce monument portant les noms de 288 patriotes, a été inauguré le 12 juin 1955, il est érigé sur un îlot accessible à marée basse.







La signature des deux frères Martel figure sur le monument



Le monument a été restauré en 2000, et les noms ont été regravés