L'atelier




En 1926-1927, Robert Mallet-Stevens construit un hôtel particulier pour les deux frères au n° 10 rue Mallet-Stevens à Paris dans le 16e arrondissement, dont la porte d'entrée principale est conçue par Jean Prouvé. C'est dans cette Villa-atelier qu'ils travailleront toute leur vie. Cet espace élégant, baigné de clarté a présidé à la création d'une œuvre lumineuse où l'idée simple prend corps dans une image vivante et rythmée en totale adéquation avec l'esprit de géométrisation d'une époque artistique foisonnante, libre, joyeuse et novatrice.




C'est avec l'aide financière de leur père qui vend son appartement parisien et plusieurs terrains en Vendée qu'ils pourront acquérir ce nouvel atelier et quitter celui du 6 rue Huygens dans le 14e arrondissement.



Les frères Martel dans leur atelier de la rue Mallet-Stevens à Paris

La dimension de l'atelier était propice à la réalisation de sculptures de grande taille, tout en apportant un maximum de luminosité. Photo de 1932 avec les frères Martel au milieu de différentes œuvres : Buste, Mado, Trinité, Accordéoniste, Nu féminin, Joueur de polo, etc


Joël Martel, en 1932, dans l'atelier au pied de la joueuse de luth du monument à Claude Debussy. 
La sculpture est haute de 4 mètres.


Les frères Martel dans leur atelier parisien vers 1930


En 1947, devant la sculpture pour le monument à Charles Milcendeau


Maquette de l'atelier, visible sur place.

La construction de l’immeuble des frères jumeaux Joël et Jan Martel, sculpteurs et collaborateurs de Mallet-Stevens, diffère de toutes celles de la rue. Le programme prévoyait sur cette parcelle de 12 m x 18 m un atelier de sculpture et 3 appartements indépendants. 



L’atelier en rez-de-chaussée est sur 3 niveaux. Cette dénivellation fragmente les volumes des étages supérieurs permettant ainsi de répondre aux exigences du programme. La cohérence de la villa est faite par une grande terrasse commune et par l’escalier central qui articule les différents appartements tel un pivot cylindrique central.




Cette photo, montrant l'atelier des frères Martel, est parue le 15 août 1927 dans la revue l'Art Vivant avec un texte de Jean Galletti " Une nouvelle rue à Paris ".



Les frères Martel se sont beaucoup impliqués dans l’aménagement intérieur. Les meubles coulissants sur des tringles fixées au mur ne touchent pas le sol, facilitant ainsi son entretien. Cet hôtel qui est resté la propriété des frères Martel jusqu’à leur mort en 1966, est le seul édifice de la rue Mallet-Stevens qui n’a subi aucune modification. La majorité du mobilier est encore d’origine, signés C. Perriand, F. Jourain, G. Guévrékian, ce qui lui a valu d’être classé le 11 décembre 1990 dans sa totalité ainsi que l’aménagement intérieur et l’atelier 3.

La maison appartient aujourd'hui à la galerie allemande " Claudia & Karsten Greve ".



Plan de l'atelier, 1926, Ci-dessus : Mine de plomb sur papier quadrillé. 31,5 x 57,5 cm. Ci-dessous : Mine de plomb sur calque. 21 x 32 cm Dessins de Jan et Joël Martel.


Calepinages, plan, 1926. Gouaches grise et blanche et mine de plomb sur papier. 15 x 32 cm.


L'atelier a été aménagé par Francis Jourdain, qui réalise en 1928 des meubles coulissants pouvant être déplacés sur deux tringles parallèles fixées au mur, par Gabriel Guevrekian, qui dessine une grande chambre à coucher-studio, puis en 1929-1930 par Charlotte Perriand qui exécute un studio-bar à portes également coulissantes. Cette maison-atelier qui contient plusieurs de leurs œuvres est classée au titre des monuments historiques depuis le 11 décembre 1990.



L'atelier en décembre 2014 © Photos de Jacques Desbarbieux


La porte d’entrée métallique, très haute et coulissante, conservée, permettait le passage d’œuvres de grandes dimensions comme les statues.



Les grandes baies vitrées apportent un maximum de luminosité indispensable pour cet atelier d'artistes. Ces impressionnantes verrières de l'atelier ont été réalisées par le maître-verrier Louis Barillet. Elles mettent en valeur la volumétrie spectaculaire des lieux.








Dans l’atelier, la hauteur sous plafond exceptionnelle de 6 mètres et les jeux de niveaux permettaient d’observer des points de vue différents sur les œuvres en plongée et contreplongée.





Vue de l'atelier © Krulle Germaine 1928 Museum Folkwang, Essen



Les photos de l'atelier par Thérèse Bonney © Circa 1927 / 1930

Américaine, Mabel Bonney dite Thérèse Bonney (1894 – 1978) fait initialement des études de lettres à l'université de Berkeley. Elle s'installe en 1918 à Paris où elle termine ses études par une thèse à la Sorbonne sur les idées morales dans le théâtre d'Alexandre Dumas.

Elle devient journaliste, travaille pour le Figaro, fonde le premier service américain de presse illustrée en Europe et se passionne pour l'architecture et les arts français.
Une partie de ses photographies représente ainsi des portraits de ses amis architectes et peintres Robert Mallet-Stevens, Gabriel Guévrékian, Pablo Picasso, Pierre Bonnard ou Raoul Dufy - avec qui elle vit. Son intérêt pour l'architecture et le style " art déco " lui fait également enregistrer de nombreux documents représentant des façades et intérieurs d'immeubles, devantures de magasins, détails d'architecture, éléments de mobilier et objets.
En tant que reporter, elle fait partie de ces rares femmes photographes de guerre, à l'instar de Germaine Krull. Elle couvre l'ensemble la Seconde Guerre Mondiale de 1939 jusqu'à la libération des camps de concentration, en passant par les bombardement en Grande-Bretagne et l'exode en France.



La façade d'entrée de la Villa des frères Martel © Thérèse Bonney 1928 (ci-dessus et ci-dessous)



Vue d'ensemble de la Villa des frères Martel © Thérèse Bonney 1928


Vue d'ensemble extérieure de la Villa des frères Martel avec Joël Martel © Thérèse Bonney 1927



Terrasse de la Villa des frères Martel
Photos de Thérèse Bonney © 1928



Bar de la Villa des frères Martel © Thérèse Bonney 1930


Bibliothèque de la Villa des frères Martel © Thérèse Bonney 1927


Départ d'escalier de la Villa des frères Martel © Thérèse Bonney 1928


Détail d'architecture de la mezzanine de la Villa des frères Martel (atelier de sculpteurs) © Thérèse Bonney 1928


Escalier de la Villa des frères Martel © Thérèse Bonney 1930


Escalier de la Villa des frères Martel © Thérèse Bonney 1928


Salle à manger de la Villa des frères Martel (atelier de sculpteurs)
© Photo de Mabel Bonney dite Thérèse Bonney


L’escalier intérieur du 10 rue Mallet-Stevens, Paris © A&A Courtauld Institute of Art


Détails de l'atelier des frères Martel



La rue Mallet-Stevens vue depuis le belvédère de l'hôtel Martel, photographiée en 1927 par Chevojon. Collection Langer-Martel


Huile sur toile de la rue Mallet-Stevens par Josette Briau Martel, vers 1930. Collection Langer-Martel



L’atelier des frères Martel transformé en habitation privée


Le lieu a conservé sa pureté et sa modernité. Son architecture intérieure n’a pas été dénaturée. Le mobilier actuel définit les différentes fonctions de l’espace. Les murs peints en blanc et les sols simplement carrelés renouent avec sa vocation originelle. Photos © Architecture de Collection.


L'esprit des frères Martel semble toujours hanter les lieux. Sans doute en raison de cette statue de femme vendéenne et gironde qui accueille les visiteurs dans l'entrée, modèle original mais de taille réduite par rapport à l'œuvre grand format réalisée par les jumeaux pour un cimetière en Vendée.


Réalisant un rêve d’enfance, l’antiquaire Éric Touchaleaume a restauré cet atelier de 171 m2. Avec soin en le meublant de pièces de Perriand, Prouvé et Jeanneret. Une galerie idéale, mais surtout un lieu de vie.



L’escalier sculptural dessine une spirale impressionnante.




L’intérieur est rythmé par des différences de niveaux qui séparent naturellement les différents espaces.



Dans l’atelier inférieur, destiné autrefois au moulage et travail de la terre, la salle de bains et le dressing ont été aménagés.



Une mezzanine brise le grand plateau central. A l'occasion de ses 50 ans, Habitat, a réédité plusieurs meubles signés Mallet-Stevens, dont le fauteuil et la chaise longue qui sont présents.



La chambre est aménagée sur une mezzanine qui profite d’un éclairage zénithal.



La pièce à vivre est éclairée par la lumière naturelle diffusée par de larges baies vitrées qui donnent sur une terrasse.



La bibliothèque, aménagée sur une mezzanine, s’inscrit discrètement dans l’espace.



Dans l’ancien jardin d’hiver, au plafond ajouré, la cuisine (Boffi) a été installée.


Maquette ouverte de l'atelier, montrant les volumes intérieurs


C'est aux 2e et 3e étages de l'hôtel Martel que Jan Martel vécu avec sa famille dans un petit appartement. Articulé autour de l'escalier central, l'entrée au deuxième étage donne directement accès à une pièce qui tient lieu de séjour et salle à manger. Cette salle se prolonge de plein pied par la terrasse exposée au sud. L'accès à l'étage se fait par un escalier intérieur débouchant sur un palier qui dessert les deux chambres et la salle de bains.


Les jumeaux dans leur atelier en 1955